Biographie

I. Enfance et formation (1890–1917)

Mustafa Chokhaï est né le 25 décembre 1890 dans le campement hivernal de Narchoki, dans la province de Syr-Daria (actuelle région de Kyzylorda, district de Chieli). Il appartenait à une famille aisée et respectée — son père, Chokhaï bi, était une personnalité influente de la région. Dès son enfance, Mustafa se distingua par sa curiosité et sa soif de savoir. Il commença son instruction auprès du mollah du village, puis poursuivit ses études au gymnase masculin de Tachkent. En 1910, il entra à la faculté de droit de l’Université impériale de Saint-Pétersbourg, qu’il acheva avec excellence.

Pendant ses années d’études, il entra en contact avec des intellectuels russes ainsi qu’avec les grandes figures du mouvement kazakh : Alikhan Bökeykhan, Akhmet Baitoursinouly et Mirjakyp Doulatouly. C’est à cette époque qu’il développa une vision critique de la politique nationale de l’Empire russe et adhéra à l’idée de l’unité des peuples turcs.

II. Lutte politique et autonomie du Turkestan (1917–1918)

La Révolution de Février 1917 transforma profondément la structure politique de la Russie. Percevant cette situation comme une opportunité pour l’indépendance de son peuple, Mustafa Chokhaï s’engagea activement dans la défense de l’autonomie du Turkestan. En novembre 1917, lors du congrès musulman de Kokand, l’autonomie du Turkestan fut proclamée, et Chokhaï devint ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre.

Cependant, cette autonomie fut de courte durée : en février 1918, l’Armée rouge prit Kokand et dissout le gouvernement. Des milliers de civils périrent. Mustafa échappa de peu au massacre et se réfugia via Tachkent dans le Caucase. Cet événement marqua le début de son long exil.

III. Vie en exil (1919–1941)

De 1919 à 1921, Mustafa Chokhaï vécut en Géorgie, poursuivant sa lutte contre le pouvoir soviétique. Durant cette période, il collabora étroitement avec les intellectuels géorgiens, azerbaïdjanais et turcs. Après l’occupation de la Géorgie par les troupes soviétiques, il émigra avec son épouse Maria Gorina en Turquie, puis en France.

Installé à Paris, il publia des centaines d’articles dans la presse étrangère dénonçant la politique coloniale soviétique. Il fonda et dirigea plusieurs revues importantes :

  • « Yeni Türkistan » (Nouveau Turkestan) — à partir de 1927 à Istanbul ;

  • « Yash Turkistan » (Jeune Turkestan) — de 1929 à 1939 à Berlin.

À travers ces revues, Chokhaï défendait la liberté, l’unité culturelle et l’éveil national des peuples du Turkestan. Ses écrits portaient notamment sur la langue, l’éducation, la religion et les libertés individuelles. En 1935, il publia à Paris un ouvrage majeur en français : « Le Turkestan sous le régime soviétique ».

IV. Dernières années et décès (1940–1941)

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Mustafa Chokhaï fut invité à Berlin par les autorités allemandes. Il devait y étudier les conditions des prisonniers de guerre originaires des peuples turcs et les aider. Ce voyage fut cependant son dernier.

En décembre 1941, Mustafa Chokhaï mourut à Berlin dans des circonstances mystérieuses. Certaines sources évoquent un empoisonnement, d’autres un décès dû au typhus. La cause exacte demeure inconnue.

V. Héritage et reconnaissance actuelle

Mustafa Chokhaï est une figure ayant consacré sa vie à la liberté de son peuple. Ses idées constituent aujourd’hui l’un des fondements spirituels de l’indépendance du monde turc. Des écoles, des rues et des établissements d’enseignement portent son nom au Kazakhstan. Des monuments lui sont dédiés à Kyzylorda et à Paris. Ses œuvres ont été publiées en douze volumes, et de nombreux documentaires et travaux scientifiques lui sont consacrés.

La vie de Mustafa Chokhaï est un symbole de lutte pour la liberté et la justice.

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